C'est comme un rêve qui se réalise, c'est quelque chose qui me semblait impossible, oui, impossible, c'est le mot. Il y quelques années, j'ai posé cette question à ma très chère kiné, Valérie : " Dis moi, je marcherai normalement un jour, je marcherai comme tout le monde ? ", c'est elle, et elle seule qui m'a dit la vérité, je me souviens encore de ces mots : " Noémie, je me dois de te dire la vérité, tu es encore un peu jeune, ça va être très dur à entendre, mais il le faut. Non, tu ne marchera jamais totalement bien. Tu feras des progrés, tu marchera mieux, mais jamais normalement. Je suis désolée de te dire ça. " . Ce n'est pas la réponse que j'attendais, depuis mon enfance, j'étais persuadé que je marcherai comme tout mon entourage, dans quelques années. Quand Valérie, m'a prononcé ces mots " Non, tu ne marchera jamais totalement bien. " . Tout s'est effondré en l'espace de quelques secondes. Je ne pouvais pas croire ce que je venais d'entendre. Ce n'était pas possible. J'aurais pu pleurer, lui en vouloir à elle, tout abandonner. Mais, c'est la seule personne qui a su trouver les mots pour me dire la vérité, et sans le savoir c'est elle qui m'a réellement fait prendre conscience des choses. C'est à partir de ce jour, que j'ai compris que la vie n'était pas toujours aussi simple qu'on le voudrait. C'est à ce moment là que j'ai compris que je devais me battre, dans le but de progresser et donc me rapprocher de mon souhait. J'ai continuer les séances de kiné, encore et encore. Des années de kiné, ça peut parraitre fou, mais pas avec Valérie. Toutes les deux, après des heures et des heures de kiné, on a reussi à construire quelque chose. Petit à petit, on se voyait accomplir des choses qui étaient inconcevables aupraravant. Au fil du temps, grâce à elle, j'ai progressé. Je pouvais compter sur ses mots d'encouragement. Et à chaque visite à l'hopital, on pouvait lire sur le compte-rendu : Noémie a fait beaucoup de progrés. J'étais la plus heureuse quand je voyais ces mots. Je ne savais pas encore que je me rapprochais de plus en plus de mon souhait le plus cher. 10 ans après une opération au tibia qui n'a pas fonctionné, on me proposa une opération au fémur ( Une dérotation qui consisterait à tourner mon os vers l'extérieur ). J'ai tout de suite accepté. Le chirurgien qui devait m'opérer était dans l'obligation de me donner clairement les avantages, donc le fait que je marcherai mieux après cette intervention. Et les inconvénients : Opération lourde, 45 jours sans marcher, fauteuil roulant et toutes les contraintes qui vont avec. Il me précisa aussi que ce n'est pas cette opération qui fera que je marcherai normalement. J'ai bien sûr accepter. Il commencerait par la jambe gauche, le 7 juillet. Puis la droite, 3 mois après. Pour enlever les plaques au bout de 9 mois. J'avais hâte !
Il faut dire que les jours qui suivèrent l'intervention, rien n'a été facile. Je suis tombé sur le côté gauche 2 jours après l'opération, avec les bequilles. Là, j'ai cru que tout s'effondré une fois de plus, j'ai prise de panique à l'idée d'un nouvel echec. Pour moi, c'était fini. Les infirmières m'ont rassuré, puis mon chirurgien, il m'a expliqué clairement que vu le matériel que j'ai dans la jambe, il faudrait un choc énorme pour que ça bouge. Ma kiné, me l'a vite confirmé. J'ai compris que je pouvais garder espoir, que rien n'était perdu.
Une semaine après, j'ai dû utiliser le fauteuil roulant, la première fois de ma vie. La chose que je redoutais le plus était là en face de moi. J'ai mis un certain temps pour m'y faire, mais j'ai vite compris que c'était lui ou rien. C'est là que j'ai réalisé à quel point c'était difficile pour les personnes handicapées, obligées de rester en fauteuil roulant le reste de leur vie. J'ai pris conscience de la volonté, du mental qu'ils ont, du courage dont ils font preuve. Je les admirais depuis des années. Je les admire encore plus au jour d'aujourd'hui.
Quelque temps après, est venu le déambulateur pour commencer à marcher en demi appui avec le pied gauche. Je le redoutais moins que le fauteuil, mais j'ai compris qu'à partir du moment où j'avais besoin de lui, c'est que j'avais retrouvé l'usage de ma jambe. J'ai eu beaucoup de mal à reprendre la marche. C'est, il y a une semaine, en allant au kiné, que Valérie, m'a en quelque sorte réappris, ou plutôt appris, puisque je n'ai jamais marcher bien, à poser le talont, puis la pointe. Elle m'a fait comprendre que c'est mon cerveau qui devra penser à bien marcher, que ça allait mettre des semaines, des mois pour se faire. Ca fait 17 ans que je marche " mal ", donc je vais devoir apprendre à marcher mieux.
Exactement 6 jours, avant ma consultation avec le chirurgien. C'est lui, est lui seul, qui va me donner le feu vert pour commencer à remarcher petit à petit. Au fond, j'espères qu'il me dira que mon os est consolidé, et que ça y est, je peux" re-marcher". Je suis impatiente de pouvoir mieux marcher ! C'est après la deuxième opération, et après qu'ils auront enlever les plaques, qu'on pourra voir, ou non, la différence ! Je garde espoir =)
Cette épreuve m'aura en fait appris beaucoup. Oui, car grâce à cette opération, j'ai dû une fois de plus affronter la difficulté, dépasser mes limites, apprendre la cause de certaines douleurs et y faire face, apprendre à me battre chaque jour un peu plus. J'ai pu créer une plus grande complicité avec ma soeur, mes parents. J'ai étais énormément touchée par toute l'attention qu'on m'a porté. L'amour qu'on m'a donné sans rien attendre en retour. Les messages d'encouragement, de soutient. Toutes ces petites choses qui m'ont fait avancer..
Je tiens vraiment à remercier toutes les personnes qui sont là, qui l'ont toujours été. Merci à toute ma famille, tous mes amis ! Et surtout, un grand merci à mes parents pour qui cette épreuve a été éprouvante du début à la fin, et à ma chère Valérie, qui m'a envoyé tous ces mails de soutient et qui va me suivre dans ce nouveau combat !
Je sais qu'il y a certaines personnes qui ne vont pas comprendre pourquoi je fais tout ça, pourquoi j'écris ce genre de texte. Je sais que certaines personnes peuvent croire que je fais ça pour acquérir la pitié ou autre.
Je veux juste dire que ce n'est pas le cas, jamais dans ma vie je n'ai voulu qu'on me plaigne, qu'on ai pitié de moi, bien au contraire. Si je fais ça, c'est simplement pour partager quelque chose qui tient une place importante dans ma vie. Mon handicap, c'est ma vie.. J'ai appris à vivre avec.. Et à travers ce texte, je veux simplement montrer aux gens, que dans la vie, il ne faut jamais baisser les bras, qu'il faut se battre quoi qu'il arrive, qu'il faut se surpasser. Et surtout qu'il faut profiter, et ne pas gâcher la vie qu'on nous a donné..
Si je n'y arrive pas, j'essaie encore